La révérence

Une rue à Tokyo. Les réverbères trahissent les ténèbres. Le feu passe au rouge. Alors concentré sur la route, le regard se tourne à présent sur ce théâtre dont le trottoir sert de scène. Deux costumes face à un troisième. L’heure justifie cette vision si répandue, caractéristique des soirées de travail qui se terminent à l’izakaya, ce type de débit de boisson si populaire au Japon. Les rires déchirant ce silence sombre pourraient tromper le néophyte. L’atmosphère est en effet, toute en retenue comme en témoigne la suite de cette procédure si bien répétée, point d’orgue de cette longue journée de travail.

Les deux costumes s’inclinent en guise de salut respectueux devant le dernier. A son tour, il s’incline. Puis, celui-ci se sépare du couple après plusieurs saluts à reculons. Mais, cela n’empêche point les deux comparses de continuer à s’incliner malgré le fait que le ce supposé supérieur pour le spectateur ne puisse les voir.

Voici une scène très banale qui attire l’oeil et étonne les étrangers. La révérence se continue très souvent après que la personne saluée ne puisse plus la constater. Après que les portes d’un ascenseur se ferme, après que la personne monte dans un taxi. Difficile à comprendre ?

Pourtant, cela n’a rien de si étrange. Il s’agit non seulement d’une marque de respect mais, selon moi, aussi d’une rigueur envers sois même. Assurer que l’on respecte la personne. Une politesse qui n’a pas besoin d’être constatée. Elle pourrait faire office d’introspection. La tête inclinée, on réfléchit au respect accordé à la personne saluée. Est-ce de l’hypocrisie, est-ce sincère ? La politesse fait ainsi office d’introspection.

La politesse envers autrui, une charité ? Les japonais savent appliquer avec charme ce charmant proverbe « Charité bien ordonnée commence par soi-même« .

Après tout ce temps au Japon, je reprend à mon tour cette façon de salué les personnes de rang supérieur, envers lesquelles j’ai une grande reconnaissance…

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